Réponses aux lecteurs
@CaptainAmericka C’est normal qu’il soit observé. Après dans l’idée j’aimerais qu’un joueur fasse au moins 3 saisons pleines avant d’envisager un départ. Après pour les valeurs je sais pas, il s’est barré du Sporting à 15 ans donc bon ^^
@VertPourToujours espérons.
Sur le terrain annexe du centre d’entraĂ®nement de Vianense, le vent sifflait entre les pins, froissant les filets comme s’il voulait annoncer quelque chose. RĂşben Amorim, mains dans les poches, observait en silence. Ă€ ses cĂ´tĂ©s, AnĂbal GuimarĂŁes gardait la mĂŞme posture figĂ©e, ce mĂ©lange subtil de contrĂ´le et de contemplation qu’on lui connaissait.
Devant eux, les U19 affrontaient Braga dans un match sans enjeu apparent — sauf pour ceux qui savaient regarder.
Et RĂşben, lui, avait vu.
Il l’avait vu dès la 6e minute, quand Afonso Ferreira dévora l’espace dans le dos de la défense et termina d’un plat du pied aussi froid qu’un soir d’hiver. Il l’avait revu à la 33e, sur un appel diagonal millimétré et une reprise croisée pleine de naturel. Puis encore à la 58e, quand il avait déposé deux défenseurs d’un crochet sec pour finir dans un angle fermé.
Triplé. Sans un cri. Sans un geste de trop.
Le gamin avait seize ans. À peine. Mais il jouait comme si son corps connaissait déjà le futur. Fin, rapide, les appuis courts, les instincts affûtés. Avec ce triplé, il portait son total à 19 buts cette saison chez les U19. Une métrique, mais surtout une évidence.
« Il doit jouer plus », glissa Rúben, sans détour, les yeux encore fixés sur le terrain.
AnĂbal resta un instant silencieux. Il connaissait ce ton chez son mentor. Il le reconnaissait. Le mĂŞme qu’il utilisait lui-mĂŞme, autrefois, quand il croyait dur comme fer Ă un joueur que personne n’avait vu venir.
Mais aujourd’hui, le choix était déjà fait.
« J’ai misé sur Mamadu pour succéder à Infante. Il me l’a bien rendu. Quinze buts en dix-huit matchs. Je vais pas lui retirer ça. »
Ce n’était pas une justification. C’était une conviction.
Mamadu Mané, repêché l’été dernier malgré une saison moyenne, avait surgi comme une évidence au poste d’avant-centre. Grand, solide, humble, il incarnait la fiabilité. Et à Vianense, on respectait les trajectoires. On ne jetait pas les hommes parce qu’un autre brillait derrière. Même à 16 ans. Même avec 19 buts.
Mais RĂşben insista.
« On ne parle pas de le brûler. Juste… de lui donner de l’air. De l’expérience. Un prêt. Pas en U23. Pas en Liga 3, pas encore. Mais en D2. Un club stable. Un coach qui aime les jeunes. »
AnĂbal ne rĂ©pondit pas tout de suite. Il regarda Afonso, qui descendait du bus avec les autres, sac sur le dos, Ă©couteurs sur les oreilles, la dĂ©marche encore adolescente mais les gestes dĂ©jĂ prĂ©cis.
Puis il nota quelque chose dans son carnet. Une phrase. Un lieu. Peut-ĂŞtre un club.
« Tu penses à la Liga Meu Super ? »
« Un club de milieu de tableau. Un qui sait ce qu’il est. Où il ne sera pas une curiosité, mais une solution. »
AnĂbal hocha la tĂŞte, lentement. Il pensait encore Ă Mamadu, Ă la balance fragile entre dĂ©veloppement et confiance, Ă l’éternel pari de l’instant contre l’avenir.
Mais il pensait aussi à Afonso. Et à la manière dont il effaçait les défenses comme on rature une faute.
Et ce soir-là , à Viana, sous les lampadaires déjà allumés, un plan commença à naître. Pas une décision. Une direction.
Car les grands clubs ne se contentaient pas de garder leurs pépites. Ils apprenaient à les laisser partir. Au bon moment.
