Réponses aux lecteurs
@alexgavi content aussi. on est dans une bonne période clairement.
@Tiien
on va le calmer le fdp.
@CaptainAmericka espérons que ça dure pour les résultats comme pour Mané.
@VertPourToujours on croise les doigts chef. Espérons que Mané tiennent sur la longueur oui.
La tribune n’était pas bien grande, et pourtant, elle dominait le monde.
Du moins, c’est ce que pensaient AnĂbal et Ruben, les yeux plissĂ©s sous la casquette, les pieds posĂ©s sur la rambarde de bĂ©ton encore humide de l’averse matinale. En contrebas, le tournoi de Montaigu battait son plein — théâtre lĂ©gendaire des premières passes, des promesses en short et des rĂŞves plus vastes que les terrains.
Les meilleurs U16 de la planète s’étaient donnés rendez-vous là , dans cette petite ville vendéenne devenue capitale du futur.
Et parmi tous ces talents venus de Tokyo, Montevideo ou Londres, un nom, un seul, s’imposa très vite dans le silence de leurs regards : Victor Khutsishvili.
Un nom rugueux, difficile Ă prononcer, mais impossible Ă oublier.
Quatorze ans à peine, doublement surclassé, silhouette encore fine mais déjà droite comme un capitaine. Il portait le maillot du Portugal — drôle d’histoire pour ce fils d’une immigrée géorgienne installé à Viana après quelques temps en Espagne où naquit le jeune latéral — et faisait plier les défenses avec l’assurance d’un vieux briscard.
Latéral droit, disaient les feuilles de match.
Mais sur le terrain, il était bien plus que ça. Il était feu follet, il était métronome, il était flèche et archer. Il remontait le ballon avec une grâce inconsciente, envoyait des centres comme on trace des promesses à l’encre noire, et surtout — il marquait. Neuf buts en cinq matches. Sept passes décisives. Un tournoi irrationnel, quasi-mythique, qui fut couronné par la victoire finale du Portugal.
AnĂbal, d’abord sceptique Ă l’idĂ©e de voir son propre joueur parmi des titans Ă©trangers, s’était lentement redressĂ© au fil des jours. Ă€ chaque apparition du garçon, il semblait vieillir et rajeunir tout Ă la fois. Il voyait lĂ quelque chose qu’on ne pouvait pas enseigner. Une façon de lire les espaces comme d’autres lisent les lignes de la main.
« Il est à nous, non ? » souffla-t-il à Ruben, un brin incrédule.
« Oui, mister. Centre de formation. Depuis les U11. Tu l’as vu, hein ? Il voit tout avant tout le monde. »
AnĂbal ne rĂ©pondit pas. Il fixait Victor, qui venait de cĂ©lĂ©brer un but sans un cri, sans un mot, juste les bras ouverts, comme s’il embrassait le monde. Le genre de cĂ©lĂ©bration des garçons qui savent que ce n’est que le dĂ©but. Que ce tournoi n’est qu’un prĂ©lude. Que les vraies batailles les attendent.
Et pourtant, dans le petit cahier noir qu’AnĂbal tenait toujours Ă portĂ©e de main, il nota une phrase Ă l’encre fine :
« Si le football a une mémoire, il se souviendra de Montaigu. Et si Vianense a un destin, il passera un jour par Victor. »
Le vent soufflait sur la Vendée, mais lui, déjà , pensait à Viana.
