Dur dur de perdre comme ça. Malheureusement pour sa maman, s’il veut progresser, il faudra quitter Tahiti ![]()
ça peut être compliqué pour un e famille de garder ses enfants quand ceux -ci ont des rêves qui peuvent se realiser
Les hors series c’est sympa mais nous on veut du foot
même les feux de l’amour vont plus vite.
C’est jamais simple quand on comprend ce que ça signifie de poursuivre ses rêves.
Responses to Readers
@alexgavi Tahiti manque tellement d’opportunités pour les jeunes. Et c’est totalement vrai IRL!
@celiavalencia C’est pour ça que personnellement, j’attache mon fils au radiateur. Comme ça, je suis sûr qu’il ne fui pas!
@Tilo82 Tu ne connais pas le fusil de Tchekhov? ![]()
@CaptainAmericka Surtout qu’il a plus de potentiel que Teanuanua ![]()
Lors du dîner, une drôle de chape de silence s’abattit sur la table. D’ordinaire, Oro était le premier à raconter sa journée, à plaisanter avec Moeata ou à taquiner son grand-père. Mais ce soir-là, il mangeait sans lever les yeux de son assiette. Il repoussait distraitement les morceaux de nourriture avec sa fourchette, visiblement ailleurs.
Moerani remarqua rapidement son attitude.
« Alors, Oro… Tu as aimé la journée malgré tout? »
Le garçon releva brusquement la tête. Ses yeux étaient encore rougis.
« Me parle pas, toi. »
« Pardon? » demanda sa mère, décontenancée.
Oro frappa la table du plat de la main.
« Tu as brisé ma vie! »
Moeata cessa immédiatement de manger. Même Tevava leva lentement les yeux.
« Qu’est-ce que tu racontes? » demanda calmement Moerani.
« Tea a le droit de partir! Heiura aussi! Moeata aussi! Mais moi, non! Moi, je dois rester coincé à Mangareva, l’île la plus pourrie du Monde! »
Sa voix montait de plus en plus.
« Papa n’aurait jamais fait ça! Lui, il m’aurait laissé partir! Il nous aimait, lui! »
Les paroles frappèrent Moerani comme une gifle. Elle resta quelques secondes immobile avant de se lever lentement: « Ne parle pas de ton père comme si tu savais ce qu’il aurait fait… »
Sa voix tremblait.
« Teanuanua est parti à Tahiti parce qu’il cherchait du travail. Ensuite, c’est le football qui lui a permis de vivre encore plus loin. »
Elle prit une inspiration.
« Heiura est partie poursuivre ses études. »
Elle désigna ensuite Moeata.
« Et ta sœur aussi est partie pour son parcours scolaire. »
Puis elle planta son regard dans celui de son fils.
« Mais toi? Tu veux partir pour quoi? »
Oro serra les poings.
« Pour le kart! Je deviendrai pilote de rallye! »
« Et tu vas gagner ta vie comment? Tu ne comprends rien… »
Le garçon était désormais debout.
« C’est toi qui comprends rien! Je pourrais vivre chez Heiura en France! »
« Ils viennent d’avoir un bébé! » répondit aussitôt Moerani. « Ils n’ont déjà plus une minute à eux! Tu crois vraiment qu’ils ont la place d’accueillir un adolescent de quatorze ans? Arrête de rêver! »
« C’est toi qui m’empêches de rêver! Tu veux juste me garder près de toi! Tu es égoïste! »
À ces mots, Moerani craqua.
« Bien sûr que je veux te garder près de moi! J’ai déjà Teanuanua en Australie… Heiura en France… Moeata ici… Tu crois que c’est facile pour une mère de voir tous ses enfants quitter la maison et ne les revoir qu’une à deux fois par an? »
Elle essuya rapidement une larme.
« Je refuse simplement de te laisser partir sans savoir ce que tu deviendras. »
Oro détourna la tête.
« T’as peur de tout… Ce n’est pas parce que tu as une vie misérable qu’on doit en avoir une aussi. »
Cette phrase fut celle de trop. Moerani éclata en sanglots. Sans ajouter un mot, elle quitta la table précipitamment et s’enferma dans la chambre de Tevava. Quelques secondes plus tard, on entendit la porte claquer.
Le silence revint. Tevava posa lentement sa serviette sur la table avant de regarder son petit-fils. Son regard était sévère comme rarement.
« Quel que soit le chemin que tu choisiras dans la vie, il y a une chose que tu devras toujours apprendre. Le respect envers ta mère. »
Oro baissa les yeux. Mais Tevava continua: « Petit con. Jamais ton frère et tes soeurs n’ont parlé comme ça à ta mère. Oui, tu es un petit con irrespectueux! »
Le vieil homme n’avait pas haussé le ton. C’était justement ce calme qui rendait ses mots plus durs.
« Tu as agi comme un petit con alors qu’il suffisait de discuter. Tu te crois supérieur car tu as 14 ans et que tu crois avoir tout vécu? »
Il se leva.
« Tu as le droit d’être en colère. Tu as le droit de rêver. Mais tu n’as pas le droit de faire pleurer ta mère de cette façon. Tu n’as même pas idée de la vie qu’elle a mené pour vous permettre de vivre décemment. »
Tevava enfila sa veste.
« Je reviens. »
Il quitta l’appartement et prit le bus en direction de la Vallée de la Papenoo.
La nuit était déjà tombée lorsque les phares éclairèrent le circuit de karting. La compétition était terminée depuis plusieurs heures, mais quelques bénévoles s’affairaient encore à démonter les barrières, ranger les pneus et charger le matériel dans un local.
En voyant arriver le vieil homme, l’un d’eux s’approcha.
« Bonsoir, monsieur. Vous cherchez quelque chose? »
Tevava s’inclina avec respect avant de parler: « Oui… Enfin… Peut-être. »
Il hésita quelques secondes.
« Mon petit-fils adore le kart. Aujourd’hui, il a été très fort. Mais il voudrait continuer… Et ça crée un conflit dans la famille. »
Il soupira.
« Je n’y connais absolument rien à votre sport. Je me demandais si quelqu’un pouvait m’aider à comprendre. »
Une voix familière retentit derrière eux.
« Ah! C’est le Papy du petit Loeb! »
Tevava se retourna. L’homme à la cigarette, rencontré plus tôt dans la journée, s’approchait, un gobelet de café à la main, toujours avec sa clope coincée au coin des lèvres.
« Je me souviens très bien de votre petit-fils. Comment l’oublier? Sacré coup de volant. »
Il tendit sa main.
« Je m’appelle Philippe. Je suis membre de la FFSA. »
Tevava lui serra la main.
Philippe observa quelques instants le visage préoccupé du grand-père.
« Vous avez l’air de porter le poids du monde sur vos épaules. »
Puis il désigna une table pliante où quelques organisateurs terminaient de boire un verre.
« Venez. On va discuter tranquillement. Je vous offre à boire! »
Il écrasa sa cigarette sous sa chaussure.
« Racontez-moi tout depuis le début. Je suis sûr qu’on peut trouver une solution qui convienne à tout le monde. »
La discussion dura près d’une heure. Assis autour d’une table en plastique, un verre à la main, Tevava expliqua l’histoire d’Oro puis écouta attentivement les explications de l’homme de la FFSA. Celui-ci lui parla des compétitions jeunes organisées à Tahiti, des catégories, des coûts, mais aussi du potentiel exceptionnel qu’il avait aperçu chez Oro.
« Votre petit-fils a quelque chose », affirma-t-il. « Ce n’est pas seulement qu’il est rapide. Il comprend instinctivement les trajectoires. Il sent le grip. Ça, ça ne s’apprend pas. Il a développé à l’extrême ses capacités grâce à sa conduite sur votre île de Mangareva. »
Tevava resta silencieux.
L’homme poursuivit.
« Je ne dis pas qu’il deviendra pilote professionnel. Personne ne peut promettre ça. Mais je peux vous assurer d’une chose: si on ne lui donne jamais l’occasion d’essayer, vous ne saurez jamais jusqu’où il pouvait aller. »
Il écrasa son énième cigarette.
« La FFSA, par mon biais, peut financer sa première compétition officielle à Tahiti: transport, engagement, matériel… Tout. Et sa mère pourra l’accompagner. On ne lui demande pas de partir vivre en France demain matin. Juste de lui laisser une chance. »
Tevava remercia chaleureusement l’homme avant de reprendre la route.
Lorsqu’il rentra à l’appartement, un silence pesant flottait dans les pièces. Plus personne ne parlait. Seule Moeata était assise dans le salon, un livre ouvert devant elle qu’elle ne lisait pas vraiment.
« Maman est dans ta chambre… Oro dans la mienne. »
Le vieil homme acquiesça avant d’aller frapper doucement à la porte de sa fille.
Moerani était allongée sur son lit, tournée vers le mur. Ses yeux rougis témoignaient des larmes qu’elle avait versées.
Tevava entra sans un mot et s’assit dans le vieux fauteuil placé près de la fenêtre. Un long silence s’installa.
Puis il prit la parole d’une voix calme: « Et s’il faisait simplement des compétitions ici, à Tahiti… Le week-end… Sans manquer l’école… Tu accepterais? »
Moerani ne répondit pas. Elle gardait le regard fixé vers le mur.
Tevava poursuivit malgré tout.
« Le monsieur de tout à l’heure fait partie de la Fédération Française du sport automobile. Oro lui a vraiment tapé dans l’œil. Enfin… Pas qu’à lui d’ailleurs. La fédération a un programme de développement des jeunes et prendrait en charge le transport, l’inscription, le matériel… Et toi, tu voyagerais avec lui. »
Toujours aucun mot.
« S’ils sont prêts à investir autant pour un garçon qu’ils viennent juste de rencontrer… C’est qu’ils croient énormément en lui. »
Le silence continua de remplir la chambre.
Tevava baissa les yeux quelques secondes avant de reprendre, d’une voix plus douce: « Tu crois le protéger en le gardant près de toi… Mais un jour, il pourrait aussi te reprocher de ne jamais l’avoir laissé essayer. L’amour d’une mère, ce n’est pas d’empêcher son enfant de partir. C’est de lui donner des ailes et de lui donner envie de revenir, de rentrer à la maison. Toujours. C’est avec cette idée-là qu’on t’a élevé avec Maman. »
Ces mots firent trembler les lèvres de Moerani. Tevava se leva.
Avant de quitter la chambre, il dit alors: « Si tu ne crois ni en lui, ni en moi… Alors crois en Dieu. Peut-être que c’est Lui qui lui ouvre cette porte et cette opportunité! »
Il inspira profondément.
« Tes quatre enfants portent encore les blessures de la mort de leur père, tout comme toi. Chacun essaie de lui rendre hommage à sa manière. Tea avec le football, Heiura avec ses études et en construisant une famille, Moeata avec sa musique… »
Il sourit tristement.
« Laisse Oro essayer de rendre son père fier, lui aussi. Et toi, laisse-le aussi avoir une chance de te rendre fière. »
Il referma doucement la porte derrière lui.
Le lendemain matin, Moerani et Oro reprirent l’avion vers Mangareva.
Le voyage se déroula presque entièrement dans le silence.
Une fois rentrés à la maison, les valises restaient encore dans l’entrée lorsque Moerani appela son fils. Le garçon arriva, méfiant. Sa mère resta quelques secondes sans parler. Puis elle souffla lentement: « J’ai réfléchi. Je t’autorise à participer aux compétitions organisées à Tahiti mais sous conditions. Elles devront toujours avoir lieu pendant les week-ends ou les vacances. L’école passe avant tout. Et je te lance un défi. »
Elle le fixa droit dans les yeux.
« Gagne-les toutes. Gagne toutes les compétitions sans exception! Tant que tu gagnes, je continuerai à te laisser tenter ta chance. Mais le jour où tu en perds une… »
Elle marqua une pause.
« Alors on arrête tout et tu reprends ton vieux kart ici! Et tu resteras à Mangareva! »
Oro comprenait que sa mère n’essayait plus de l’empêcher de rêver. Elle voulait simplement être certaine que ce rêve méritait tous les sacrifices qu’il imposerait.
Le garçon tendit la main.
« Marché conclu. Je vais tous les saigner, ces pilotes de pacotille! »
Moerani la serra.
Pour la première fois depuis leur dispute, un léger sourire apparut sur leurs visages. Le destin d’Oro venait de basculer. Désormais, il n’avait plus qu’une seule obligation: gagner.
Finalement, la famille de Tenuanua, c’est tous des génies, sauf le héros du récit lui même ![]()
Putain j’ai cru que le vieux allait y passer en voyant l’image !
Fort heureusement il est solide ce p’tit gars ! Et toujours la parole du sage.
Punaise, ne lui donne pas de mauvaises idées !
Mettez moi ce gosse en camp de travail qu’il apprenne la vie ![]()
L’âge ingrat comme on dit. Le seul billet que la maman va accepter de payer, c’est un aller simple pour le goulag ![]()
En vrai, c’est mignon la piste, mais le rallye, c’est sacrément couillu aussi !
Responses to Readers
@volatil C’est un peu ça le sens de l’histoire ![]()
@CaptainAmericka Ha non, on ne fait pas mourir Papy Tevava ![]()
@Rhino Au goulag ![]()
@alexgavi Couillu mais compliqué ![]()
Le début d’année laissa à peine le temps aux joueurs de Perth Glory de souffler. Le calendrier ne faisait aucun cadeau. Après la victoire obtenue avant les fêtes, Arthur Papas n’accorda que deux jours de repos à son groupe: le 31 décembre et le 1er janvier. Dès le 2, tout le monde était déjà de retour au centre d’entraînement.
Pour le réveillon, Teanuanua et Pit-Boy s’étaient retrouvés sur une plage de Perth. Pas de grande fête, pas d’alcool, encore moins d’excès, ils avaient simplement regardé les feux d’artifice illuminer la baie, les pieds dans le sable. Teanuanua avait tenté de convaincre son ami de prolonger la soirée: « Allez, on reste encore un peu! »
« Non. Il est 22 h 30. Il faut que je dorme. »
« Tu vas vraiment rentrer avant minuit? »
« Oui. »
« Tu es officiellement le mec le plus chiant que je connaisse. »
Pit-Boy s’était contenté de hausser les épaules: « Le sommeil fait partie de l’entraînement. »
Teanuanua avait éclaté de rire: « Toi, quand tu vas mourir, tu vas demander à avoir un matelas orthopédique dans ton cercueil. »
Pit-Boy n’avait même pas souri.
Le 7 janvier, Perth Glory reprenait la compétition avec un déplacement compliqué sur la pelouse de Melbourne City.
Arthur Papas renouvela sa confiance à Teanuanua en attaque. Pit-Boy, lui, formait une nouvelle fois la charnière centrale avec Dan Hall.
Le match tourna rapidement à sens unique. Melbourne City monopolisa le ballon, multiplia les centres, les frappes et les situations dangereuses. Les joueurs de Perth passaient leur temps à défendre.
Teanuanua, isolé devant, toucha très peu de ballons. Son match resta discret. Il courait énormément pour presser les relances mais ne fut jamais réellement servi dans de bonnes conditions.
Derrière, en revanche, un homme donnait l’impression d’être partout: Pit-Boy.
Le jeune défenseur de Pitcairn livrait une prestation exceptionnelle. Il gagnait ses duels aériens. Il interceptait des passes impossibles. Il tendait la jambe au dernier moment pour contrer les frappes. Quand un adversaire pensait l’avoir éliminé, il revenait toujours grâce à une accélération impressionnante.
Même Dan Hall, pourtant solide à ses côtés, semblait presque effacé tant Pit-Boy rayonnait.
À la quatre-vingtième minute, Melbourne obtenait une énorme occasion. L’attaquant arma une frappe à bout portant. Pit-Boy surgit de nulle part et se jeta devant le ballon. Le tir rebondit sur sa poitrine avant d’être dégagé par Dan Hall.
Le score ne bougea pas: 0-0. Un point précieux, arraché grâce à une performance défensive de très haut niveau. À la fin de la rencontre, les médias australiens furent unanimes. L’homme du match s’appelait Noah Christian.
Quelques jours plus tard, Perth se déplaçait sur la pelouse des Western Sydney Wanderers.
Cette fois, le scénario fut un peu plus cruel.
À peine le coup d’envoi donné, les locaux ouvrirent le score dès la première minute sur une frappe déviée qui trompa le gardien. Pendant de longues minutes, Perth sembla incapable de répondre.
Les Wanderers imposaient leur rythme, faisaient circuler le ballon avec maîtrise et poussaient constamment pour inscrire le deuxième but et faire le break.
Une nouvelle fois, Pit-Boy maintenait son équipe en vie. À lui seul, il repoussait une quantité impressionnante d’attaques.
Dan Hall réalisait également un très bon match, les deux hommes formant un véritable mur devant leur gardien.
À la pause, Arthur Papas ne s’énerva presque pas.
« Continuez comme ça derrière. Devant, soyez plus tueurs. On peut revenir. »
Son équipe lui donna raison.
Au retour des vestiaires, sur un corner parfaitement frappé, Dan Hall s’éleva plus haut que tout le monde et plaça une tête puissante hors de portée du gardien. 1-1.
La suite du match fut une véritable démonstration défensive. Les Wanderers attaquaient sans relâche. Pit-Boy multipliait les tacles, les couvertures, les interventions de la tête. À chaque action dangereuse, on retrouvait sa silhouette au bon endroit.
Lorsque l’arbitre siffla la fin du match, plusieurs joueurs adverses vinrent le féliciter.
Même les commentateurs commencèrent à s’emballer: « Ce garçon est en train de devenir l’un des meilleurs défenseurs du championnat. »
Les réseaux sociaux Australiens ne parlaient presque plus que de lui. Ce n’était pas encore une immense célébrité dans un pays où le football restait loin derrière le rugby ou le cricket, mais tous les amateurs de ballon rond connaissaient désormais son nom et son histoire.
Puis vint la réception de Western United. Cette fois, ce fut Teanuanua qui vola la vedette à son ami.
Le match fut fermé, intense, pauvre en occasions.
À l’heure de jeu, Teanuanua profita d’un ballon repoussé dans la surface pour inscrire l’unique but de la rencontre.
Il célébra sobrement avant de recevoir une accolade musclée d’Arthur Papas.
« Voilà, ma couille! C’est ça que je veux! »
Perth s’imposa 1-0.
Mais, malgré le but de son ami, beaucoup de journalistes continuèrent de parler du même homme à la fin de la rencontre: Pit-Boy, encore lui.
Pendant quatre-vingt-dix minutes, il avait une nouvelle fois été impérial, intraitable dans les duels, toujours bien placé, calme balle au pied. Il était devenu le véritable patron de la défense de Perth Glory.
À seulement dix-sept ans, le garçon venu de Pitcairn s’imposait comme l’un des meilleurs défenseurs de toute l’A-League. Même Arthur Papas, pourtant avare en compliments, parlaient toujours en bien de lui devant les médias.
Un matin, avant même le début de l’entraînement, Pit-Boy fut appelé par un membre du staff: « Le coach veut te voir. Le président aussi. »
Le jeune défenseur hocha simplement la tête et se dirigea vers les bureaux du club.
Teanuanua le regarda s’éloigner, intrigué. Une convocation du coach et du président à la fois n’annonçait jamais quelque chose d’anodin.
Une demi-heure plus tard, Pit-Boy ressortit.
Son visage était toujours aussi sérieux. Pourtant, Teanuanua, qui commençait à bien le connaître, remarqua immédiatement quelque chose d’étrange: il semblait encore plus fermé que d’habitude.
Le Mangarévien s’approcha: « Qu’est-ce qu’il y a? Tu as fait une connerie? »
Pit-Boy secoua la tête: « Non. »
« Alors? »
Le jeune homme soupira légèrement.
« Leeds me veut. »
Teanuanua resta quelques secondes bouche ouverte.
« Leeds? Leeds United? En Angleterre? Sérieusement? »
Pit-Boy hocha la tête.
« Ils ont contacté le club. »
« Mais c’est énorme! Tu te rends compte? L’Angleterre! La Premier League! Un immense club! Et entraîné par Wayne Rooney en plus! Fonce, mon vieux! »
Pit-Boy regarda le sol.
« Le niveau anglais est trop haut pour moi. »
Teanuanua leva les yeux au ciel.
« Toi, parfois, tu es vraiment fou. Tu es le meilleur joueur de l’équipe! Le seul capable de jouer en Premier League! Tu récupères tout, tu gagnes tous tes duels… Et tu me sors que tu n’as pas le niveau? »
Pit-Boy haussa les épaules.
« Je ne sais pas. »
Il réfléchit quelques secondes avant d’ajouter:
« Je préférerais jouer au Celtic. Avec Temehani, mon idole. »
Teanuanua éclata de rire.
« Évidemment! Monsieur a des exigences! »
Pit-Boy ne répondit rien, comme souvent.
Mais cette discussion confirmait une chose: malgré ses performances exceptionnelles, le jeune homme de Pitcairn gardait une immense humilité. Peut-être même trop.
Quelques jours plus tard, Perth Glory affrontait Newcastle Jets.
Le match fut fermé, disputé, tendu. Une seule occasion fit basculer la rencontre.
À la soixantième minute, Sebastian Despotovski trouva l’ouverture et permit aux Glory de s’imposer 1-0.
Petit à petit, Perth remontait au classement et se rapprochait de son objectif des play-offs.
Mais, dans les couloirs du club, dans les médias Australiens et même sur les réseaux sociaux, un seul sujet revenait sans cesse: Pit-Boy.
Les rumeurs se multipliaient de semaine en semaine. Un jour, un journaliste annonçait l’intérêt de Brighton. Le lendemain, c’était Brentford. Puis Aston Villa, la Roma, Marseille ou Lyon. L’Ajax, Séville, Girona, le Club Bruges, le Bayer Leverkusen ou encore le RB Salzbourg étaient également cités.
Une bonne partie de l’Europe semblait observer avec attention le jeune défenseur de Pitcairn. Et au milieu de tout ça, les médias réclamaient à ce que Pit-Boy soit appelé en équipe d’Australie même si lui clamait qu’il voulait jouer seulement pour l’Angleterre. Slaven Bilić, le sélectionneur national, était lui-même obligé d’intervenir auprès des médias pour calmer tout ça et dire que seul le joueur pouvait décider pour qui il voulait jouer même s’il était prêt à l’accueillir.
Mais malgré cet intérêt grandissant, Pit-Boy restait exactement le même. Il arrivait en avance à l’entraînement. Il mangeait toujours à la même heure. Il dormait toujours autant. Il parlait toujours aussi peu. Et quand les journalistes l’interrogeaient, il répondait souvent par quelques mots: « Je dois encore progresser. »
Puis vint le jour où Arthur Papas décida de mettre fin au suspense. Toute l’équipe était réunie dans le vestiaire avant l’entraînement. Le coach entra, les mains dans les poches: « Bon, les gars… Il y en a un parmi vous qui est incapable de parler de lui-même. »
Tout le monde savait de qui il parlait.
« Alors je vais le faire à la place de ce couillon. »
Puis le coach annonça: « Pit-Boy a signé dans un autre club. »
Des murmures parcoururent immédiatement la pièce.
Arthur prit quelques secondes avant de poursuivre: « Il va porter le maillot de Tottenham. »
Pendant une seconde, personne ne réagit. Puis le vestiaire explosa entre cris de joie, applaudissements et sifflements admiratifs.
Teanuanua attrapa Pit-Boy par les épaules.
« Tu vas être entraîné par Zidane! »
Car, depuis un an et demi, Zinedine Zidane avait pris les commandes du club Londonien après un passage à Newcastle United.
Pit-Boy baissa les yeux, presque gêné par toute cette agitation.
Arthur Papas, lui, leva alors la voix: « Mais… Mais… Mais… Il reste avec nous jusqu’à la fin de la saison. Tottenham l’achète, mais nous avons réussi à négocier pour le garder en prêt. C’était aussi le choix de Pit-Boy! »
Cette fois, les cris reprirent de plus belle. C’était la meilleure des nouvelles.
Pit-Boy allait rejoindre l’un des plus grands championnats du Monde, mais Perth Glory conservait son meilleur défenseur pour les mois décisifs à venir.
Les joueurs se jetèrent sur lui pour le féliciter. Même ceux qui, d’habitude, plaisantaient peu, vinrent lui serrer la main.
Au milieu de cette cohue, Pit-Boy gardait son visage impassible.
Teanuanua le regarda en riant: « Tu sais que n’importe qui serait en train de hurler de joie à ta place? »
Pit-Boy réfléchit quelques secondes.
« Oui. »
« Tu n’as pas envie de sauter de joie? Tu ne ressens rien? »
Le jeune homme répondit simplement: « Je suis content mais j’ai peur que tout ça me fasse dévier de ma routine d’entraînement quotidien. »
Teanuanua éclata de rire. C’était bien du Pit-Boy.
Même en signant à Tottenham, l’un des plus grands clubs d’Angleterre, malgré sa 9e place en Premier League actuellement, il restait exactement le même garçon sérieux, calme et discret à l’image de son île natale, Pitcairn.
| Date | Compétition | Match | Stade | Adversaire | Score | Perf’ de Teanuanua | Note de Teanuanua |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| 07/01/2029 | A-League | Journée 12 | AAMI Park | Melbourne City | 0-0 | Titulaire, 90 minutes de jeu | 6.6 |
| 13/01/2029 | A-League | Journée 13 | Western Sydney Stadium | Western Sydney Wanderers | 1-1 | Non entré en jeu | / |
| 21/01/2029 | A-League | Journée 14 | HBF Park | Western United FC | 1-0 | Entré en jeu à la 55e minute, 1 but | 7.7 |
| 26/01/2029 | A-League | Journée 15 | HBF Park | Newcastle Jets | 1-0 | Entré en jeu à la 81e minute | / |
NDLR: Fonctionnement du championnat: on commence par la phase régulière. L’équipe terminant 1ere gagne sa place pour la Champions League Asiatiaque (ou le 2e si c’est Wellington Phoenix). Les 3e à 6e s’affrontent en éliminatoires de phase finale. Les vainqueurs rejoignent les 1er et 2e de la phase régulière en demi-finale de phase finale. Les vainqueurs se qualifient en finale dont le vainqueur est déclaré champion et se qualifie en Champions League Asiatique (ou le finaliste si le vainqueur a déjà terminé 1er de la phase régulière ou si ce sont les Wellington Phoenix. Auquel cas, le 2e ou 3e de la phase régulière récupère la place continentale). La dernière place en Champions League Asiatique est accordé au vainqueur de la coupe d’Australie. Les 9e au 12e de la phase régulière terminent leur saison par une finale qualificative. Les deux perdants de ces matchs sont privés de Coupe d’Australie la saison suivante.
| Position | Club |
Matchs Joués | Victoires | Nuls | Défaites | Différence de buts | Points |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| 1 er | Wellington Phoenix | 16 | 10 | 5 | 1 | +17 | 35 pts |
| 2 ème |
Adelaide United | 16 | 9 | 2 | 5 | +9 | 29 Pts |
| 3 ème | Central Coast Mariners | 16 | 6 | 6 | 4 | +1 | 24 Pts |
| 4 ème | Perth Glory | 15 | 5 | 8 | 2 | +5 | 23 Pts |
| 5 ème | Western United FC | 16 | 5 | 6 | 5 | -2 | 21 pts |
| 6 ème | Melbourne City | 16 | 5 | 5 | 6 | -2 | 20 pts |
| 7 ème | Sydney FC | 15 | 5 | 4 | 6 | 0 | 19 pts |
| 8 ème | Western Sydney Wanderers | 15 | 4 | 6 | 5 | -3 | 18 pts |
| 9 ème | Macarthur FC | 15 | 5 | 2 | 8 | -3 | 17 pts |
| 10 ème | Brisbane Roar | 16 | 4 | 4 | 8 | -8 | 16 pts |
| 11 ème | Melbourne Victory | 16 | 3 | 7 | 6 | -7 | 16 pts |
| 12 ème | Newcastle Jets | 16 | 3 | 5 | 8 | -7 | 14 pts |
Perth remonte bien
Tout le monde passe devant Tea, va t’il reste dans cette zone du monde ?
Bon, on n’ a pas l’air de s’arracher le héros du récit par contre ! J espère que pit boy fera pas banquette dans l usine des spurs
Tea prend tout un peu à la rigolade et pendant ce temps, il voit tout le monde rejoindre l’Europe mais lui se dit pas tient… Ils ont peut-être raison d’être hyper sérieux et rigoureux…
Teanuanua c’est de plus en plus le looser ultime ![]()
Totalement mérité ! Le mec s’impose une hygiène de vie de moine, et consacre tout pour sa carrière à seulement 17 ans. Il a tout compris.
A côté de ça Tea semble enchainer les titularisations, c’est un progrès ![]()
Responses to Readers
@celiavalencia Oui, un mois sans perdre dont deux victoires, ça fait du bien ![]()
@volatil Oui, venant d’Australie, ça risque d’être difficile malgré son talent.
@Tiien Il se voile la face ce bougre ![]()
@Rhino On va changer le titre du récit ![]()
@alexgavi Ha ouais, j’aurais dû créer Pit-Boy comme étant un moine Tibétain ![]()
À des milliers de kilomètres de Perth, loin de Teanuanua, de Pit-Boy et de l’agitation du football Australien, une autre vie se poursuivait, à Los Angeles.
Mais pas le Los Angeles des cartes postales, des plages de Santa Monica, des villas de Beverly Hills ou des grandes avenues bordées de palmiers. Pas celui des stars, des studios de cinéma et des hôtels luxueux…
À quelques kilomètres seulement de ces quartiers qui faisaient rêver le monde entier, une femme tentait simplement de survivre.
Elle avait travaillé comme femme de ménage dans un hôtel. Un emploi difficile, mal payé, mais qui lui permettait au moins de payer son loyer et de nourrir son fils.
Puis, un matin, son patron l’avait convoquée. Elle avait compris immédiatement que quelque chose n’allait pas. Quelques minutes plus tard, elle avait perdu son emploi. Pas pour une faute grave, pas pour une quelconque insuffisance professionnelle, pas même pour une raison précise. Son patron avait simplement décidé de se séparer d’elle pour une très légère baisse d’activité.
Aux États-Unis, la législation permet dans de nombreuses situations à un employeur de mettre fin à une relation de travail sans avoir à fournir une justification particulière. Pour cette femme, cette règle avait pris une dimension très concrète: en quelques minutes, elle s’était retrouvée sans salaire.
Elle n’avait pourtant pas le luxe de rester sans travailler. Elle avait un enfant à nourrir. Alors, elle avait cherché, encore et encore. Jusqu’à décrocher un poste de caissière dans un magasin El Super situé juste en face de l’immeuble où elle vivait.
Le travail était épuisant. Les journées semblaient interminables et le salaire était à peine suffisant pour survivre.
Mais elle n’avait pas le choix.
Elle vivait dans un immeuble délabré, à proximité au croisement de San Pedro Street et de East 73rd Street, un environnement très éloigné de l’image que les touristes se faisaient de Los Angeles.
Ici, les bâtiments vieillissaient mal. Les rues étaient constamment animées par la circulation. Les voitures se succédaient, les moteurs ronronnaient jusque tard dans la nuit et les sirènes faisaient régulièrement partie du paysage sonore.
Le quartier était pauvre, très urbain, parfois violent. Il y avait peu d’espace pour rêver.
Il fallait surtout réussir à tenir jusqu’au lendemain.
Son fils, encore très jeune, ne pouvait évidemment pas rester seul pendant qu’elle travaillait. Alors une voisine le gardait.
En échange, la femme lui rapportait régulièrement de la nourriture qui avait passé la date de péremption et aurait dû finir à la poubelle. Des aliments que le magasin ne pouvait plus vendre, des marchandises retirées des rayons…
La voisine les récupérait, et cela permettait aux deux femmes de s’entraider.
Ce n’était pas grand-chose, mais lorsqu’on ne possède presque rien, même quelques repas peuvent devenir précieux.
Et puis, au-dessus de tout cela, il y avait une autre inquiétude: les papiers…
Cette femme possédait un EAD, une autorisation qui lui permettait de travailler légalement et de rester sur le territoire américain dans le cadre de sa situation administrative.
Mais ce document avait une particularité qui la terrorisait: son renouvellement était payant et il n’était valable que jusqu’au mois de décembre. Chaque mois qui passait la rapprochait donc d’une nouvelle échéance. Elle devait travailler, pas seulement pour payer son loyer ou acheter de quoi manger ou s’occuper de son fils. Elle devait aussi mettre de côté suffisamment d’argent pour pouvoir renouveler son autorisation.
Le paradoxe de sa situation lui semblait parfois cruel. Son fils était né aux États-Unis. Il possédait donc la nationalité Américaine.
Mais elle, sa mère, restait considérée comme immigrée et sa situation administrative demeurait fragile. Si son autorisation n’était pas renouvelée, les conséquences pouvaient être dramatiques, jusqu’à la possibilité de perdre son droit de rester sur le territoire. Alors elle travaillait sans relâche.
Elle encaissait les clients. Elle souriait quand il le fallait. Elle supportait les journées interminables. Elle rentrait épuisée. Puis elle s’occupait de son fils.
Et le lendemain, elle recommençait.
Elle ne pouvait pas se permettre de tomber malade.
Elle ne pouvait pas se permettre de perdre son nouvel emploi.
Elle ne pouvait pas se permettre de penser trop longtemps à l’avenir.
Son avenir, c’était décembre.
Après, elle verrait.
Pour l’instant, il fallait survivre.
Et pourtant, derrière cette femme qui passait ses journées derrière une caisse de supermarché, derrière cette mère épuisée qui comptait chaque dollar, se cachait une histoire bien plus complexe, une histoire qui, à des milliers de kilomètres de là, avait déjà bouleversé la vie d’un jeune footballeur de Perth Glory. Car cette femme n’était pas une inconnue pour le lecteur de ce récit.
Elle avait déjà croisé le chemin de Teanuanua. Elle lui avait même laissé un souvenir qu’il n’était pas près d’oublier. Cette femme, c’était Tita.
Comme chaque jour, Tita était assise derrière sa caisse, sous les lumières blafardes du magasin El Super. Les heures défilaient lentement, rythmées par le bip régulier des articles qu’elle passait devant le scanner, les conversations bruyantes des clients et, trop souvent, les insultes qu’elle devait encaisser sans broncher.
Elle avait appris à ne plus répondre. À force, elle connaissait le fonctionnement. Certains clients étaient simplement de mauvaise humeur. D’autres semblaient considérer les caissières comme des personnes inférieures à qui ils pouvaient parler comme bon leur semblait. Et puis il y avait les hommes… Des hommes mariés, pour beaucoup… Des hommes qui arrivaient parfois alcoolisés, parfois complètement défoncés, et qui se permettaient de la draguer lourdement dès qu’ils avaient compris qu’elle était seule.
« T’es jolie, toi. T’as pas besoin de travailler ici. Je t’offrirai une belle vie si tu viens dans mon lit », disait parfois l’un d’eux.
« Donne-moi ton numéro », insistait un autre.
Elle répondait rarement. Un regard froid suffisait généralement à faire comprendre qu’elle n’était pas intéressée. Mais certains ne comprenaient jamais.
Tita rentrait chaque soir épuisée. Pas seulement physiquement… C’était une fatigue beaucoup plus profonde, celle de quelqu’un qui avait l’impression de lutter simplement pour rester debout.
Alors, certains soirs, elle cherchait un moyen de s’évader quelques heures. La piscine en faisait partie.
Elle aimait nager. Dans l’eau, personne ne lui demandait rien. Personne ne lui parlait. Elle pouvait simplement avancer, longueur après longueur, en laissant son esprit se vider progressivement.
Ce soir-là, elle avait nagé plus longtemps que d’habitude. Lorsqu’elle sortit enfin de l’eau, elle attrapa sa serviette et commença à se sécher avant de rentrer chez elle.
C’est à ce moment-là qu’elle aperçut une silhouette familière.
« Bonjour, mon père. »
Le prêtre de l’église catholique Notre-Dame du Rosaire se tenait non loin de l’entrée de la piscine. Cette église était particulièrement fréquentée par la communauté hispanique du quartier et Tita connaissait bien le père Enrico.
Le prêtre lui adressa un grand sourire.
« Bonjour, Tita! Vous allez bien? »
« Oui et vous, mon père? Vous allez nager? »
Le père Enrico haussa les épaules avec un sérieux parfaitement joué.
« Non, Tita! Vous savez que les prêtres sont tous pédophiles! Je viens juste observer les petits enfants! »
Tita resta bouche bée une seconde avant d’éclater de rire. Le père Enrico avait un accent mexicain très prononcé et un goût certain pour l’humour noir. Avec lui, Tita avait parfois l’impression de discuter avec un ami plutôt qu’avec un homme d’Église.
« Quoi? C’est ce que dit tout le monde sur les prêtres! » répondit-il en riant.
« Vous êtes vraiment impossible. »
« Peut-être. Mais j’ai quelque chose pour vous. Grâce à certains de nos fidèles, nous avons reçu des invitations offertes par Javen Romero, le défenseur du Los Angeles FC, que certains ont côtoyé dans une autre communauté religieuse de la ville. Il nous a donné des places pour un match. Vous voulez venir avec nous? »
Tita hésita.
« Du football? »
« Oui. Ça vous changera de votre caisse et de votre appartement. »
Puis il ajouta, avec un sourire malicieux: « Et même si ça risque de vous rappeler votre ex-petit ami, ça peut vous faire du bien de sortir un peu de cette routine. »
Le sourire de Tita disparut légèrement. Même après tout ce temps, le souvenir de Teanuanua suffisait à réveiller quelque chose en elle.
Elle baissa les yeux quelques secondes avant de répondre:
« Avec plaisir, mon père. Je viendrai. »
« Parfait! On se voit demain à l’église alors. »
Il commença à partir en direction du grand bassin, puis se retourna.
« Et au stade, vous trouverez peut-être un bel Hispanique avec qui vous marier dans notre église! Les gens d’ici ont besoin de joie et rien de tel qu’un bon mariage! »
Tita éclata de rire.
« Mon père, vous savez très bien que j’ai fait une croix sur les hommes! »
Enrico leva immédiatement son doigt comme s’il venait de trouver une réponse extraordinaire.
« La seule croix que je connaisse est celle sur laquelle notre Seigneur Jésus Christ fut crucifié! »
Tita secoua la tête en riant.
« Bonne soirée, mon père. »
« Bonne soirée, Tita. Prenez soin de vous. Et réfléchissez à ma proposition matrimoniale! »
« Allez-vous-en! »
Le prêtre partit en riant.
Une semaine plus tard, Tita se retrouva dans les tribunes du magnifique BMO Stadium.
Elle n’avait pas l’habitude de fréquenter ce genre d’endroit. Autour d’elle, une vingtaine de fidèles de Notre-Dame du Rosaire avaient fait le déplacement, accompagnés du père Enrico. L’ambiance était incroyable.
Les chants des supporters résonnaient dans tout le stade. Les drapeaux s’agitaient dans les tribunes. Les cris accompagnaient chaque attaque du Los Angeles FC.
Sur la pelouse, le LAFC affrontait le FC Dallas.
Tita se laissa progressivement emporter par l’ambiance. Elle souriait, discutait avec les personnes autour d’elle et oubliait presque, pendant quelques heures, les problèmes qui rythmaient son quotidien.
Le LAFC finit par s’imposer 3-1.
Mais malgré la bonne humeur générale, quelque chose avait changé en elle. Le football lui avait rappelé Teanuanua.
Elle avait beau essayer de ne plus penser à lui, certains détails suffisaient à faire remonter les souvenirs: un stade, un ballon, une action, un joueur qui courait sur la pelouse.
Elle revoyait parfois le visage de Teanuanua, son sourire, sa façon de parler, les moments qu’ils avaient partagés.
Puis elle se rappelait que tout cela appartenait désormais au passé.
Le lendemain, pendant sa pause déjeuner, Tita demanda à son responsable: « Est-ce que je peux utiliser l’ordinateur quelques minutes pour une recherche personnelle? »
Il accepta.
Elle s’installa devant l’écran. Pendant quelques secondes, elle resta immobile. Elle savait parfaitement ce qu’elle voulait chercher.
Ses doigts tapèrent lentement: Teanuanua Tehahe.
Les résultats apparurent.
Elle tomba rapidement sur une page Wikipédia consacrée au jeune footballeur. Puis sur des articles relatant ses performances avec Perth Glory.
Tita parcourut les lignes avec attention. Elle découvrit qu’il jouait désormais en Australie. Elle ne le savait même pas. Elle regarda plusieurs statistiques, quelques articles, des photographies.
Il avait continué à avancer. Il jouait toujours au football. Il semblait avoir réussi, sans elle.
Tita sentit quelque chose se serrer dans sa poitrine.
Elle aurait voulu être heureuse pour lui. Et, quelque part, elle l’était. Mais elle ressentait aussi cette douleur sourde qui accompagnait le souvenir de leur histoire.
Puis une autre pensée lui traversa l’esprit: Manava Vahimena.
Elle hésita longtemps avant de taper son nom. Elle tomba sur une interview de la marathonienne française. Elle apprit qu’après les Jeux olympiques, Manava avait décidé de partir s’entraîner au Kenya. Tita lut l’article jusqu’au bout.
Elle ne savait pas exactement pourquoi elle avait cherché ces informations. Peut-être simplement parce qu’elle voulait savoir.
Elle avait toujours détesté Manava. Elle lui en voulait pour tout ce qu’elle représentait.
Mais ce qu’elle découvrit la rassura malgré elle. Manava n’était pas en Australie, elle ne vivait donc pas avec Teanuanua.
Tita ne savait pas où en était leur relation. Elle ne savait pas s’ils étaient toujours ensemble. Elle ne savait même pas s’ils se parlaient encore.
Mais au moins, elle ne voyait pas leurs noms associés dans les informations qu’elle lisait.
Elle resta quelques instants devant l’écran. Puis elle ferma doucement la page. Elle savait pourtant une chose. Même si elle ne reverrait probablement jamais Teanuanua, savoir qu’il existait quelque part, qu’il jouait au football, qu’il avançait dans sa vie, lui procurait une étrange forme de soulagement.
Elle avait essayé de tourner la page. Elle avait essayé de se convaincre qu’elle le détestait. Elle avait essayé de reconstruire sa vie sans lui.
Mais au fond d’elle, derrière la colère, derrière la rancœur, derrière toutes les blessures qu’elle portait encore… Tita était toujours amoureuse.
Et elle savait que, malgré les années qui passeraient, une partie d’elle le resterait probablement toujours.

Effectivement, le quartier où vit Tita n’a pas l’air au top. Mais, elle se débrouille pour survivre.
Par contre, on se demande si elle n’a pas encore espoir de revoir Tea. Maintenant, ce serait bien qu’il réussisse davantage, il y une pension alimentaire à chercher. Elle aurait tort de s’en passer ! ![]()
Qu’elle aille vendre son cul pour gagner sa croute ![]()
(ou elle peut reprendre contact avec Tea pour lui soutirer un max d’oseille)


