:storygreen: :s1: đŸŽó §ó ąó „ó źó §ó ż :crewe_alexandra: Le gamin des trois frontiĂšres

Réponses aux lecteurs

@CaptainAmericka Let’s go ! :flexed_biceps:

@toopil ParaĂźt qu’il ne pleut que sur les cons. J’ai pris la sauce chaque fois que j’y suis allĂ©, je dois ĂȘtre l’exception qui confirme la rĂšgle :sac:

@Wasyl Merci :slight_smile:

@Dubois Merci ! Effectivement, club qu’on croise souvent, dont le nom marque, mais dont on ne connait pas grand chose : j’espùre changer la donne avec cette story !

@alexgavi Contrairement Ă  son nouveau coach :grin:


ÉPISODE 4
“Bienvenue Mister
 Guy-yom ?”

Juillet 2020

Je crois que j’ai rĂ©alisĂ© que tout devenait vrai au moment oĂč j’ai vu la pancarte : « Welcome to Crewe ». Le genre de panneau routier qui a dĂ» faire bĂąiller la moitiĂ© du pays
 sauf moi. Moi, j’avais le sourire idiot de quelqu’un qui s’apprĂȘte Ă  s’asseoir sur un siĂšge dont il n’a, techniquement, jamais vraiment prouvĂ© qu’il le mĂ©ritait.

Le prĂ©sident et le directeur gĂ©nĂ©ral m’attendaient devant le stade, sans chichi, comme l’annonce d’une naissance dans la famille. Une poignĂ©e de mains, deux blagues pour dĂ©tendre l’atmosphĂšre, et c’était parti : on m’a conduit dans une petite salle de presse. « C’est modeste, mais c’est la maison », m’a glissĂ© le prĂ©sident. Ça m’allait parfaitement. J’ai toujours eu un faible pour les clubs oĂč la peinture s’écaille mais oĂč les convictions tiennent debout.

Il y avait une petite dizaine de journalistes locaux. Rien d’intimidant : des stylos, des carnets, des regards curieux. Certains affichaient un Ă©tonnement poli, d’autres un scepticisme ouvert. Je pouvais presque lire leurs pensĂ©es : « Un Français ? Dans notre club ? Un gamin, en plus ? On va oĂč, lĂ  ? ».

La confĂ©rence dĂ©bute. Et soudain, c’est moi le sujet.

Je dĂ©roule. Mon parcours, mes diplĂŽmes, ma vision. Le travail des jeunes, la formation, l’idĂ©e de construire quelque chose de durable, de cohĂ©rent avec l’ADN de Crewe Alexandra. Pas de promesses dĂ©lirantes, pas de dĂ©clarations pompeuses : juste ce que je veux faire, et comment je veux le faire.

Quand j’ai parlĂ© de « dĂ©velopper les talents locaux », j’ai vu trois journalistes hocher la tĂȘte. Quand j’ai parlĂ© de « faire mieux avec peu », j’en ai vu deux sortir leur stylo. Quand j’ai dit que je voulais « donner du plaisir aux supporters », j’en ai entendu un soupirer
 de mĂ©fiance, peut-ĂȘtre. Ou d’envie.

À la fin, les questions fusent : « Vous n’avez aucune expĂ©rience pro, comment comptez-vous gĂ©rer ? », « Est-ce que votre style de jeu est compatible avec les exigences de la League One ? », « Vous vous voyez combien de temps ici ? ».

Je rĂ©ponds calmement, en anglais dans le texte mais avec un accent britannique catastrophique (ce qui a eu le mĂ©rite de dĂ©tendre la salle). Je sens que ça intrigue. Et si l’accent balbutie encore, les rĂ©ponses elles sont on ne peut plus assurĂ©es. Et ça, il semblerait que ça rassure. Un peu.


Les premiers échos chez les supporters

L’aprĂšs-midi mĂȘme, le club publie la vidĂ©o de ma prĂ©sentation. Les rĂ©actions tombent, un mĂ©lange dĂ©licieux de : « C’est qui ce gars ? », « Encore une expĂ©rience bizarre
 », « C’est de l’Anglais qui sort de sa bouche ? », « Du moment qu’il lance des jeunes, ça me va ».

Je dĂ©couvre un public qui peut ĂȘtre exigeant, parfois sec, souvent inquiet
 mais jamais malveillant gratuitement. On sent qu’ils aiment leur club. On sent aussi qu’ils ont souffert, qu’ils n’attendent rien de miraculeux, juste du travail, de la cohĂ©rence, et qu’on respecte la culture maison : la formation avant tout, le collectif avant l’individu, la sueur avant les excuses.

En lisant les commentaires, je souris. Oui, je suis un inconnu, je dĂ©barque d’un autre pays, dans une autre langue, Ă  un autre niveau. Mais ici, tant qu’on est honnĂȘte et qu’on bosse, on vous laisse votre chance.

C’est tout ce dont j’avais besoin.


Fin de journée : premiers conseils de papa

Une fois la presse Ă©vacuĂ©e, le prĂ©sident m’a tendu les clĂ©s de mon bureau : un espace sobre aux murs blancs, tout juste dĂ©corĂ© par un maillot du club dans un cadre, et qui donne sur les pelouses du centre d’entraĂźnement.

Je suis allĂ© marcher un peu dans le stade. Seul, dans les tribunes vides. On sent encore l’histoire, les montĂ©es, les descentes, les jeunes qui ont percĂ© ici avant de partir ailleurs. On entend presque les discussions des supporters.

C’est Ă  ce moment-lĂ  que mon portable vibre. C’est papa : « J’ai vu ta prĂ©sentation Ă  la presse. C’est quoi cet accent horrible ?! Courage bonhomme
et doucement sur leur nourriture, tu n’es pas habituĂ© ».

J’éclate de rire, puis je m’asseois sur les gradins. Pour la premiĂšre fois depuis longtemps, j’ai eu une sensation Ă©trange : je n’étais pas seulement en train de chercher ma place. Je commençais peut-ĂȘtre Ă  la trouver.

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