Chapitre 6 Les premières recrues et le coup de tonnerre
Les semaines qui suivent le lancement des réseaux changent tout. Les messages commencent à arriver, timides d’abord, puis de plus en plus nombreux. Des joueurs du coin, pour la plupart, qui vivent à quelques kilomètres du terrain et qui n’attendaient qu’une occasion de rechausser les crampons. Peu à peu, l’effectif prend forme : une vingtaine de joueurs finissent par répondre présent, séduits par l’histoire du club, par cette aventure qui part de rien et qui ressemble, pour beaucoup d’entre eux, à une deuxième chance.
Et puis il y a la surprise que je n’espérais même pas. Je parviens à convaincre plusieurs joueurs du JA Biarritz, qui évolue pourtant en Régional 2 un niveau bien au-dessus de ce que je pouvais imaginer attirer avec un club tout juste sorti de terre. Certains cherchent du temps de jeu qu’ils ne trouvent plus dans leur club, d’autres sont simplement touchés par le projet, par cette énergie brute d’un club qui se construit sous leurs yeux.
Puis arrive le vrai coup de tonnerre. Nous étions censés démarrer en Départementale 3 comme n’importe quel club fraîchement créé. Mais un club de la région vient d’être dissous en catastrophe, libérant une place en Départementale 1. La Ligue cherche en urgence un remplaçant capable d’intégrer le championnat dans les temps. Nous sommes les seuls à répondre aussi vite, dossier bouclé, effectif déjà constitué. Le FC Biarritz ne débutera pas en D3 comme prévu, mais directement en Départementale 1. Un saut que je n’avais pas anticipé, une opportunité inespérée et une pression supplémentaire, tout aussi inespérée.
Il est temps de faire le point sur les finances. Le verdict est sans appel : le club dispose d’un solde général de 111 euros, entièrement injecté depuis mon propre compte en banque. Pas de sponsor, pas de subvention cette année, juste ce que j’ai bien voulu et pu sacrifier de mes économies.
Le stade, lui, peut accueillir jusqu’à 250 personnes autour de la main courante, mais sans la moindre tribune, sans une seule chaise. Les spectateurs resteront debout, comme au bon vieux temps du foot de village. Je décide de fixer le prix d’entrée à domicile à 3 euros symbolique, mais suffisant pour commencer à générer un peu de trésorerie.
Le vrai levier financier, je le sais, ce sera le bar. Je me remets au bricolage avec des palettes récupérées, et je construis un bar extérieur, surmonté d’une tonnelle pour protéger des intempéries basques. Pour le tenir, pas besoin d’embaucher : les joueurs blessés ou non retenus pour le week-end seront désignés barmans à tour de rôle. Une organisation économique, qui responsabilise aussi tout le groupe.
Côté carte, on reste simple, presque minimaliste : de la bière à la pression pour rester rentable, du coca, de l’ice tea. Pas de folie, pas de gaspillage. Le barbecue, lui, attendra la saison prochaine, quand je l’espère les caisses du club seront un peu moins vides.
Un effectif. Une division inattendue. Un bar en palettes. Le FC Biarritz commence à ressembler à quelque chose.

