L’entretien avec Tommi Vijanen se déroula dans une salle sobre, loin des grandes mises en scène que Marvin avait parfois connues durant sa carrière de joueur. Le président finlandais de Motherwell n’avait pas besoin d’en faire trop. Il parlait calmement, avec cette précision froide des dirigeants qui avaient déjà identifié leur problème : le club s’était endormi trop longtemps. Encore en première division dix ans plus tôt, Motherwell avait glissé saison après saison, jusqu’à s’installer dans une troisième division qui ne devait être qu’un accident et qui entamait pourtant déjà sa quatrième année. Vijanen voulait relancer la machine, rendre au club un cadre, une exigence, une direction. Et le travail de Marvin à la RAAL l’avait marqué : un club instable, peu de moyens, des joueurs à reconstruire, puis deux titres.
Marvin écouta sans se laisser porter par le compliment. Il connaissait désormais les projets qui promettaient une renaissance mais cachaient surtout des ruines encore chaudes. Motherwell l’intéressait, évidemment. L’Écosse représentait une porte d’entrée différente, un football plus direct, plus rude, un environnement où il pourrait bâtir sans être écrasé par son passé de joueur. Mais il ne chercha pas à flatter son interlocuteur.
« Je vais être honnête, président. Votre projet a du sens, mais l’effectif me paraît limité. La dernière saison le montre. Je ne sais pas si à ce stade j’ai envie de replonger dans un contexte comme celui là . On peut parler d’ambition, de remontée, d’identité, mais si je viens, il faudra corriger certaines choses vite. »
Vijanen hocha la tĂŞte, sans se vexer.
« C’est justement pour cela que nous voulons un entraîneur capable de voir clair. Pas quelqu’un qui nous dira seulement ce que nous avons envie d’entendre. »
Marvin posa alors ses conditions avec la même prudence qu’à La Louvière. Il ne réclamait pas une révolution, ni un mercato impossible pour un club de troisième division écossaise, mais il voulait pouvoir ajouter deux ou trois profils capables de rapprocher l’équipe de son idée du jeu : un joueur pour stabiliser l’entrejeu, un élément offensif avec de la vitesse, peut-être un défenseur plus à l’aise dans la relance. Sans cela, il risquait de devenir seulement un nom sur un banc, pas un entraîneur avec une vraie prise sur son groupe. Vijanen répondit qu’il n’avait pas des moyens illimités, mais qu’il était prêt à lui ouvrir une marge de manœuvre raisonnable. En quittant la pièce, Marvin ne savait pas encore s’il venait de trouver son prochain club. Mais pour la première fois depuis longtemps, un projet étranger ne lui paraissait pas seulement risqué. Il lui paraissait vivant.
