:storygreen: :s5: 🇳🇱 :vitesse: De l'Amateurisme à la Gloire ?

Epilogue islandais

:calendar: 31. janĂşar 2030
:bust_in_silhouette: Ivar Sidgursson

Il était 21h30 à l’English Pub de Reykjavik, le même endroit où, 4 ans plus tôt, a eu lieue cette fameuse soirée ou j’ai rencontré Lisandru.

Cette fois, il est entré avec une allure différente : les yeux cernés, une barbe naissante, une veste de survêtement à capuche (celle du club, bien sûr), comme s’il venait de vivre une décennie en 90 minutes. « Tu as vu le match ? », a-t-il lancé en s’affalant sur la banquette en face de moi.

Bien sûr que j’avais vu le match. Tout le monde l’avait vu. Grindavík 0-0 Bayern Munich, en phase de groupes de la Ligue des Champions. Un nul, oui, mais un nul glorieux. Les Islandais avaient tenu tête aux Bavarois pendant 90 minutes. « On a fait peur à l’Europe, Ivar, » a-t-il murmuré en commandant deux bières.

« Je viens de jouer mon dernier match avec Grindavík. »

J’ai cru avoir mal entendu. « Quoi ? »

« J’ai refusé l’ultime offre de prolongation de contrat du club. » Il a sorti son téléphone, montré un message envoyé au président du club.

« Mais… pourquoi maintenant ? Après ce match ?! Tu aurais pu continuer de faire progresser le club et faire mieux l’année prochaine » ai-je balbutié, incrédule.

« Parce que c’est le bon moment. »

Il a pris une gorgée de bière, comme pour se donner une seconde. « Après un nul face a deux géants d’Europe (Real & Bayern) comme ceux-là, les gens comprennent une chose : on a tout donné. On n’a plus rien à prouver. »

Il a pointé un doigt vers moi. « Et moi, j’ai encore des choses à prouver. À moi-même. »

« Tu as déjà un autre club ? »

« Pas encore. »

Il a souri, presque malicieux. « Mais j’ai des pistes. Des défis qui me font vibrer. Des endroits où on ne m’attend pas. »

Il a sorti un carnet de sa poche, couvert de noms, de numéros, de croquis tactiques. « Et cette fois, je ne veux pas y aller seul. »

« Attends… Tu me proposes de… »

« De venir avec moi. » Il a posé le carnet sur la table, entre nous deux. « Pas comme un journaliste qui me suit de loin. Comme quelqu’un qui vit l’aventure. Qui la raconte de l’intérieur. Qui comprend pourquoi je fais les choix que je fais, même les plus fous. »

« Mais Grindavík… » ai-je objecté, pensif.

« Grindavík restera Grindavík. » Sa voix s’est adoucie. « On a construit quelque chose d’incroyable ici. Mais moi, je ne suis pas fait pour rester. Je suis fait pour partir—et pour revenir plus fort (un jour peut être). » Il a tapoté le carnet. « Et toi, Ivar, tu es fait pour raconter ces départs. Ces retours. Ces nuits où tout bascule. »

« Et si je dis non ? »

« Alors je te lirai depuis l’étranger, » a-t-il répondu en riant. « Et je t’enverrai des photos de mes vestiaires en désordre pour que tu puisses deviner où je suis. » Son regard est devenu sérieux. « Mais je sais que tu ne diras pas non. Parce que tu as la même maladie que moi : tu ne peux pas résister à une bonne histoire. »

Il a poussé une feuille vers moi, avec une liste de destinations possibles

« Choisis. Ou laisse-toi surprendre. »

En quittant l’English Pub cette nuit-là, j’ai réalisé quelque chose : Lisandru ne me proposait pas de le suivre. Il me proposait de continuer notre histoire, celle qu’on avait commencée quatre ans plus tôt, au même endroit. Une histoire de football, d’audace, et de cette folie qui pousse les hommes à croire qu’ils peuvent changer le monde avec un ballon.

« Parfois, il faut tenir les géants en échec pour réaliser qu’on est prêt à en affronter d’autres. »
— Lisandru Paoli / 24 heures après Grindavík-Bayern 0-0, en me tendant un stylo et un carnet vierge.

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