:storygreen: :s6: :marseille: Tu seras un Footballeur, mon fils - Chp. 41

Chapitre Un : Tu seras un Homme, mon fils

Je le tiens entre mes mains, alors qu’il est si fragile. Cela fait déjà deux semaines qu’il est entré dans ma vie, et pourtant, je n’arrive toujours pas à m’y faire. Alors que sa mère dort paisiblement dans notre lit, et que les premiers rayons du soleil commencent à poindre doucement au dessus de l’horizon, je ne peut m’empêcher de le regarder dormir dans son berceau.

Doucement, je le prends dans mes bras, il reste profondément assoupi, ce morceau de ma chair. En regardant la rue par la fenêtre, la pauvreté qui nous entoure, la crasse, la noirceur de la ville, je me dis que mon fils ne doit pas vivre ainsi. Je me fais la promesse qu’il aura la plus belle des vies, loin de la misère de ce pays.

Je me rappelle ce magnifique texte de Kipling, ce poème qui représente tout ce que je souhaite pour mon fils. Alors qu’il dort au creux de mon bras, je commence à le lui réciter :

Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie, et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,
Ou perdre en un seul coup le gain de cent parties sans un geste et sans un soupir,
Si tu peux être amant sans être fou d’amour ; si tu peux être fort sans cesser d’être tendre
Et, te sentant haï, sans haïr à ton tour, pourtant lutter et te défendre ;

Si tu peux supporter d’entendre tes paroles travesties par des gueux pour exciter des sots,
Et d’entendre mentir sur toi leurs bouches folles, sans mentir toi-même d’un seul mot ;
Si tu peux rester digne en étant populaire, si tu peux rester peuple en conseillant les Rois
Et si tu peux aimer tous tes amis en frères, sans qu’aucun d’eux soit tout pour toi ;

Si tu sais méditer, observer et connaître, sans jamais devenir sceptique ou destructeur
Rêver, sans laisser ton rêve être ton maître, penser, sans n’être qu’un penseur ;
Si tu peux être dur sans jamais être en rage, si tu peux être brave et jamais imprudent,
Si tu peux être bon, si tu sais être sage, sans être moral ni pédant ;

Si tu peux rencontrer triomphe après défaite et recevoir ces deux menteurs d’un même front,
Si tu peux conserver ton courage et ta tête quand tous les autres les perdront ;
Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire seront à tout jamais tes esclaves soumis
Et, ce qui vaut bien mieux que les Rois et la Gloire, tu seras un Homme, mon fils.

Alors que je termine, il ouvre ses yeux, et je sens une nouvelle force en moi. Qu’importe ce que je devrais faire, les épreuves que je devrais subir, qu’importe si je dois me baigner jusqu’au cou dans la merde, le sang, ou que sais-je encore, mon fils aura tout ce dont il aura besoin, je l’arracherais de ce bouge infâme ou nous vivons tous les trois, et il connaitra les joies du soleil, des grands espaces, de la liberté.

Je sens une main sur mon épaule : ma femme nous a rejoins, un grand sourire aux lèvres. Je suis entouré des deux seules choses qui compte pour moi dans la vie. Elle qui m’a sauvé, moi dont la vie se dirigeait droit vers la mort dans une impasse sordide, moi qui pensait que la violence était la seule solution pour s’en sortir. Je pensais qu’elle m’avais fait le plus magnifique des cadeau en devenant ma femme, mais cet enfant est le don le plus précieux que j’ai reçu de la vie.

A moi de tout faire pour préserver ce bonheur le plus longtemps possible, par n’importe quel moyen . . .

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J’ai déjà hâte de voir la suite :fap2:

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Intéressant comme début.
Voyons la suite pour juger définitivement !

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Ca m’a tellement fait penser à la chanson de Barbelivien. Désolé. #ViveLaVendée

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C’est plus que prometteur ce récit ! :heart:

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Merci, la voici !! :wink:

Voici le deuxième chapitre, tu pourras te faire un avis !! :wink:

Euh … no comment !! :grin:

Merci beaucoup !! :smiling_face_with_three_hearts:

Chapitre Deux : Grandis, petit homme.

Le temps passe, chaque jour nous révèle son lot de surprises, et mon fils continue doucement de grandir. Et dire qu’il a peu de temps encore, il cavalait à quatre pattes dans notre studio miteux du centre de Vlorë. Maintenant, il se campe fièrement sur ses jambes, passant son temps à courir après un ballon.

Ce ballon, c’est le premier véritable cadeau que j’ai pu lui faire. Le communisme a beau avoir disparu il y a dix ans, on ne peut pas dire que l’argent coule à flots au pays. Pourtant, on dispose de ressources naturelles importantes, et je suis sûr que l’Albanie aurait pu être un pays prospère sans ces années sous le régime communiste. Mais non, on reste un pays somme tout très rural. Et pour un gars comme moi issu de la ville, la filière agricole étant bouché, je dois me débrouiller en enchainant les boulots minables pour tenter de faire survivre ma famille.

C’est pourquoi j’étais vraiment heureux de lui offrir ce ballon. Je me rappelle encore ses grands yeux émerveillés, son beau sourire, et cela me réchauffe le cœur. Depuis, ce ballon est son meilleur ami. Il l’emmène à l’école, il joue avec dans notre appartement, au grand désespoir de sa mère d’ailleurs !!

Il faut dire que la vie n’est pas facile non plus pour mon petit bonhomme. Nous sommes pauvres, dans une ville dure, et ma femme fait partie d’une famille ayant collaboré avec l’ancien régime communiste. Dans un pays qui souhaite oublier son passé, ces caractéristiques font de nous des personnes indésirables dans le quartier.

Du coup, mon fils a peu d’amis, et passe son temps a jouer au football. Dès que j’ai un peu de temps de libre, je joue avec lui, jusqu’à ce que le soleil se couche. Pour un garçon de six ans, il se débrouille pas trop mal !!

C’est pourquoi au début de l’année je l’ai inscrit dans un petit club de quartier, pour qu’il puisse s’amuser avec d’autres enfants de son âge. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que cela lui plait !! A croire qu’un ballon et un terrain de football lui suffise pour être le plus heureux des petits garçons !!

Son entraineur est un prof de sports d’un lycée de la ville. Il m’a déjà parlé de lui faire passer des tests dans l’un des grands clubs de la capitale, car il pourrait avoir le potentiel pour être un bon joueur de football dans l’avenir.

L’idée est séduisante, mais ma femme est résolument contre. Pour elle, l’éducation est le meilleur moyen de s’en sortir. Il faut dire qu’elle a fait des études, contrairement à moi qui me suis arrêté au lycée. Son éducation est d’ailleurs un problème qui revient souvent, car le manque d’argent fait que nous allons avoir du mal à l’envoyer au collège.

Une ancienne connaissance m’a parlé d’un homme qui engage du monde pour des boulots bien payés au noir. Tout se passe sur les docks, ou il est question de contrebande et de marchandises illégales. Je ne voulait pas replonger dans ce monde, mais j’ai besoin d’argent pour ma famille, alors j’ai accepté. Je suis donc devenu homme de main de la mafia albanaise. Je n’en suis pas fier, mais un homme doit savoir passer outre sa fierté pour le bien de sa famille !!

Pour moi, tant que mon petit homme est heureux, je le suis également !!

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C’est très bien écrit et assez prenant. Je suis impatient de lire la suite :slight_smile:

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Merci beaucoup, voici le 3e chapitre !! :grin:

Chapitre Trois : Razzia sur la Chnouf

Putain, mon cœur bat la chamade. Derrière, je n’entends plus personne, j’ai du réussir à semer mes poursuivants. Mais c’était quoi ce plan pourri ??

Cela faisait trois ans que je bossais pour Agim Gashi, le plus grand parrain albanais. C’est ce que l’on appelle un vrai pourri, qui ne connait pas de limite dans son trafic : la drogue, la contrebande, l’émigration illégale, la traite des femmes … Mon boss ne faisait pas de détails, et investissait dans tout ce qui pouvait faire du fric.
Envers ses hommes, il est juste et récompense la loyauté, mais est sans pitié si on le trahit. Moi, tout doucement, j’avais trouvé ma place dans son organisation, au niveau régional, prenant la tête d’un bajrak, un comité en charge d’un quartier de ma ville.

Pas de drogue ou de trafic d’êtres humains pour moi : j’avais beau avoir vendu mon âme pour de l’argent, je gardais tout de même un sens de l’honneur personnel. Je bossais sous les ordres d’un des lieutenants de Gashi, qui avait mis sur place un business important de trafic de voitures de luxe volées, profitant du fait que Vlorë est le second port du pays. Mon rôle était donc de me rendre sur les docks et de gérer le flux des marchandises, tout en faisant en sorte que la police maritime détourne les yeux, moyennant fiances quand cela était nécessaire.

Pendant ces trois dernières années, ma vie et celle de ma famille s’est grandement améliorée. J’ai pu enfin faire emménager ma femme et mon fils dans un bel appartement, dans le centre-ville, avec tout le confort possible. Ma femme n’avais plus à se ruiner la santé dans des boulots de merde afin de nous permettre de joindre les deux bouts.
Bien sûr, elle n’était pas dupe de notre soudaine bonne fortune, mais elle voyait que je ne le faisais pas pour ma réussite personnelle. D’ailleurs, je ne flambais pas, restant discret pour éviter d’attirer l’attention des forces de l’ordre et des gangs rivaux. Tout mon argent allais sur un compte pour mon fils, afin de lui payer les études qu’il mérite.

Il faut dire que le temps passe, et il continue de grandir. Il est rudement intelligent, tout le portrait de sa mère !! Bien sûr, il continue de s’éclater en jouant au foot, et je continue de penser qu’il a le talent pour en faire son métier, mais il n’a que neuf ans, et sa mère continue de le pousser à bien travailler à l’école.

Bien sûr que je suis inquiet pour ma famille, de par mon travail, car même si je ne suis qu’un rouage d’une grande organisation, je suis facilement remplaçable en cas d’accident. C’est pourquoi je fais le plus attention possible pour éviter les problèmes. J’ai développé une sorte de sixième sens pour éviter les embrouilles, des que je sens que cela pue, j’annule tout de suite les opérations.

Cela m’a sauvé quelque fois de descentes de police, ainsi que d’embuscades des gangs rivaux . . . Et ce soir, je ne le sentais pas . . . Pourtant, je connaissais l’intermédiaire, un gars d’un autre bajrak, qui respectait tout comme moi le Kanun, notre code d’honneur. Mais il y avais quelques chose dans l’air que me rendais parano. Avec mes hommes, nous nous sommes rendus sur les docks, comme à notre habitude. Les voitures étaient alignées là, et tout semblait se passer de façon routinière. C’est Arslan, mon lieutenant, qui a remarqué que les coffres étaient ouverts.

Un rapide coup d’œil, et mon sang se glaçait : chaque coffre étaient remplis à ras bord de cocaïne. Juste le temps de me retourner, et la fusillade débutait. Courir et me jeter derrière un muret protecteur me pris trente secondes. J’avais fait du non-port d’armes l’un des règles de mon bajrak, préférant résoudre les problèmes par la réflexion plutôt que par l’action. Mes hommes se sont retrouvés à l’état de cible de tir, et en cinq minutes, s’en était fini.

Je profitais d’un temps mort pour partir en courant. Et maintenant, je suis dans la rue principale de Vlorë, l’air calme, mais le cerveau en ébullition : que c’est-il passé ?? Pourquoi cette fusillade ?? Qui a essayé de me doubler ?? Et d’un coup, l’image de ma femme et de mon fils me traversa l’esprit. Je me mis à courir, chaque seconde me paraissant des heures, pour arriver finalement sur le palier de notre appartement : la porte était ouverte, la serrure fracturée. Tremblant, je poussais la porte, pour rester tétanisé par une vision d’horreur . . .

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Très agréable à lire. :grinning:

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Merci beaucoup, voici la suite !! :grin:

Chapitre Quatre : De battre mon cœur s’est arrêté

Une seconde, c’est ce qu’il aura fallu pour faire basculer mon existence. Une seconde qui a semblé durer des heures. Une seconde dont le me souviendrais toute ma vie.

Elle était là, étendue sur le sol du salon, vêtue de sa belle robe blanche qu’elle portait lorsqu’elle voulait sortir se promener. Son collier de perles était tombé à ses cotés, avec son sac. Ses magnifiques yeux verts fixait le plafond, d’un regard absent. On aurait dit un ange se languissant dans un posture d’attente, si l’on faisait abstraction de l’absence de vie qui émanait d’elle. Elle resplendissait ainsi, au delà de sa mort.

Ce fragile instant qui semblait durer une éternité prit finalement fin. Mes jambes me lâchèrent et je tombais à genoux, hébété, hagard. Ma poitrine me serrait si fort que je ne souhaitais qu’une seule chose, que tout cela s’arrête. C’est à ce moment que le bal a commencé : la police, les pompiers, et tout ce qui s’ensuit. J’entendais, je voyais, je ne voulais pas comprendre ce que je savais. Et tout d’un coup, j’ai craqué. J’ai crié pour moi, pour elle : « Non, non », et j’ai voulu arracher à un policier ce revolver qui ferait taire les hurlements en moi, cette voix qui me répétait « adieu ».

Je ne me suis pas tué. J’ai voulu, mais je n’ai pas pu. Un policier a réussi à détourner le canon de ma tête, puis à me planquer au sol. Le reste n’ai qu’une farandole d’images : une ambulance, une chambre d’hôpital, et des questions beaucoup de questions. Pourquoi a-t-on voulu tuer ma femme ?? Ou j’étais pendant ce temps ?? Ou est notre fils ?? C’est à cette question que mon esprit a émergé. Mon fils !! Ou est-il ??

Sans attendre, je me précipitais chez moi, la peur au ventre. J’avais été tellement choqué par la vision du cadavre de ma femme que je n’avais pas fait attention à ce qui avais bien pu arriver à mon fils. Arrivé sur place, je me figeais : impossible de bouger, il y avais comme un mur invisible devant moi. C’est à ce moment là que mon portable se mis à sonner.

C’était mon beau-père, qui m’appelait pour me prévenir qu’il était passer chercher son petit-fils après l’école, et que ce dernier jouait tranquillement au foot dans la cour de son immeuble.

Je sentis un poids me quitter, comme si je pouvais de nouveau respirer. Puis tout s’enchaine rapidement, et il ne me reste que des images fugaces, mais qui font mal comme des coups de poignard : mon beau-père en larmes, mon fils réclamant sa mère, et sa petite main qui me serre si fort lorsque le cercueil et mis en terre.

Depuis, je reste chez moi à faire le tour de l’appartement, comme un zombie. Il ne me reste d’elle au final que des objets morts. Un peigne sur la commode, un tableau qu’elle avais peint. Il me reste les photos, plates, mortes. Qui me rendra sa vie ? Qui me rendra la vie ? Je parle, je mange, j’agis. J’ai voulu savoir, mais je n’écoute même pas ceux qui me disent : elle n’a pas souffert. Je sais qu’elle a souffert, en sentant son souffle se bloquer, et la vie la quitter peu à peu. Je parle tout seul, je rode dans notre appartement, ma forteresse vide comme un fruit creux. Je pleure. Je ne pleure pas sur moi, car je suis encore vivant. Je pleure pour elle, qui ne verra jamais son fils grandir, devenir un homme, avoir a son tour des enfants.

Je suis seul. La famille est partie, ils me font confiance pour ne pas tenter à nouveau d’en finir. Mon fils est avec ses grand-parents, en vacances, pour essayer de traverser cela avec ceux qui connaissent sa mère.

Je l’éloigne de moi car il me rappelle trop ce que j’ai perdu. Je l’éloigne de moi car je ne veux pas qu’il voit ce que je devient. Je l’éloigne de moi car la haine a remplacer l’amour dans mon cœur, comme un brasier que rien ne semble pouvoir apaiser. Je l’éloigne de moi, car ma vengeance ne doit pas le faire souffrir.

Texte inspiré en partie par Martin Gray « Au nom de tous les miens »

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Chapitre Cinq : La vengeance dans la peau

Je me tiens là, l’arme au poing, le canon braqué vers l’assassin de ma femme. Juste un doigt à bouger pour en finir avec la source de ma douleur. Juste un doigt à bouger pour obtenir enfin vengeance. Juste un doigt à bouger pour basculer radicalement dans une autre vie.

Certaines personnes disent que la vengeance est un plat qui se mange froid. Pour moi, elle est plutôt un brasier qui te transforme en torrent de feu, inarrêtable et incontrôlable, se nourrissant de violence et de destruction. Pour l’assouvir, j’ai torturé, mutilé, et elle en demandait toujours plus. Cette balle qui pointe en direction de cette ordure est la dernière étape.

Avant de me lancer dans cette croisade, j’ai tout d’abord mis mon fils à l’abri chez ses grand-parents, afin que toute la merde que je comptais soulever ne l’éclabousse pas. Mon beau-père a bien vu que j’avais basculé dans la folie vengeresse, mais il ne m’a rien dit, se contentant de hocher la tête quand je lui ai annoncé avoir une certaine affaire a régler.

Le début de cette vengeance a commencé par la traque de l’intermédiaire qui m’avais mis dans cette merde. Pourtant, je le lui faisais confiance à ce fils de pute, et il n’avais pas hésité à me planter un poignard dans la dos !! Après quelques jours à rôder dans les bas-fonds du port, je l’ai retrouvé dans un bar sordide, ivre mort après avoir dépensé ces trente deniers d’argent tel Judas.

Alors que je m’approche, il lève la tête et me voit. En tentant de s’enfuir, il trébuche, alors que je me dirige vers lui calmement. Il me jette un cendrier, que j’évite facilement. J’en profite pour lui coller un crochet du droit dans son visage, et je sens son nez éclater. Pendant qu’il crache du sang, je me saisis d’une bouteille qui trainait là, et la lui fracasse sur le crâne.

Personne n’a bougé dans le rade, et j’en profite pour trainer ce connard dans la ruelle qui jouxte ce bouge immonde. Deux-trois baffes et il se réveille. Commence alors une séance de questions. Il me répond rapidement, l’alcool aidant. J’apprends que c’était bien un coup monté, comme je le supposait. D’après ce que je comprends, un gars voulait faire main basse sur le trafic de mon boss, et a voulu me faire tomber. Ma femme est un « cadeau bonus », comme il me dit. A cet instant, un voile noir se dresse devant mes yeux. Quand je reprend mes esprits, le mec est à moitié mort, s’étranglant avec ses dents brisées.

Seconde étape, retrouver le salopard qui a fait buter ma femme. Et pour cela, je n’hésite pas à redevenir celui que j’étais avant de rencontrer ma femme, avant qu’elle ne me change : un mec froid, calculateur, prêt à tout. Je ne compte plus les os brisés, les cicatrices infligées que je laisse sur mon passage. Je me vautre dans la violence, m’en repait comme seule nourriture. Je vis à grands coups d’adrénaline, je suis devenu une bête fauve.

Mon boss m’a fait comprendre qu’il faut que je me calme, que je risque de déclencher une guerre de gangs entre familles mafieuses, et qu’il ne peut pas me couvrir. Je n’ai plus le soutien officiel de la « famille ». Pourtant, certains gars m’aident : ceux qui ont perdu un ami, un parent, un frère dans la fusillade du port. Ils me rapportent des rumeurs, des murmures, et doucement, je retrouve la trace de ce fumier.

L’enlever, le séquestrer, le torturer, tout cela s’enchaine sans entrave. Je sais que j’ai mis mon boss dans la merde, mais je m’en fous. Même mes camarades trouvent que je vais trop loin, mais personne ne m’en empêche : qui serais assez fou pour se dresser entre un loup enragé et sa proie ??

Maintenant que le torturer ne me soulage plus, il ne me reste plus qu’une seule chose à faire : une seul balle, et tout cela sera terminé. Je me dirige vers lui, tends le bras, et tire en plein estomac. Je m’assoie ensuite en face de lui, et pendant des heures, sans bouger, je le regarde mourir à petit feu. Au moment ou sa tête tombe sur sa poitrine, je sens un grand vide m’envahir. Mon amour, tu es enfin vengée !

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C’est intéressant.
J’ai rattrapé le retard et l’histoire est vraiment pas mal.

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Pfiiouuuu… Ton écriture est sublime ! Tout s’enchaîne rapidement et très facile à lire. Bravo à toi ! Vivement que le foot arrive ! :sac:

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Toujours aussi bon :wink:

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Merci, j’espère que la suite te plaira !! :wink:

Merci beaucoup !! :relaxed: Pour le football, c’est prévu, le temps de mettre en place tout le reste …

Merci beaucoup !! :blush:

Chapitre Six : La Grande évasion

Cela fait cinq ans aujourd’hui. Cinq ans que je croupis dans cette cellule. Cinq ans que je réussis à tenir qu’en pensant à mon fils. Cinq ans que je passe mes nuits à ruminer dans ma têtes des plans d’évasions.

Juste après avait tué ce fils de pute, je suis tombé, vidé de toute énergie. C’est ainsi que les forces de l’ordre m’ont retrouvé. La malchance a voulu que cette raclure était un ancien de la maison poulaga, qui s’était reconverti dans la mafia pour se faire de l’argent, et qui était de connivence avec un groupe de policiers véreux. Ils ont réussi à se débrouiller pour m’avoir sous leur garde, et m’ont emmené dans leur commissariat. Portes, couloirs, encore des portes, des couloirs : un labyrinthe menant à une petite pièce.
Et pendant quelques semaines, mes journées se déroulaient selon le même schéma : on me sort de mon trou, on me bat, on me torture, puis quand je suis sur le point de m’évanouir, une pause. Même programme pour l’après-midi, et le soir, j’ai le droit à de la musique pour m’empêcher de dormir.

Mais finalement, le système judiciaire a fini par me retrouver. Je plaide coupable, car je veux que tout le monde sache ce qu’il en coûte de toucher à ma famille : une façon de protéger mon fils, qui a été placé chez ses grands-parents. On me condamne à la prison à vie, et je suis transféré dans la prison centrale de Tirana pour purger ma peine. Une nuit à rouler, accompagné de secousses, des relents de sueur et de peur de mes autres compagnons d’infortune. Et au petit matin, nous sommes arrivés à Rrogozhina.

Ici comme un autre temps. Ici, il me faudrait une autre voix, d’autres mots. Nous sommes dépouillés de tout ce qui fait de nous des hommes. Nous régressons au stade animal, bestial. Tout les jours, nos gardiens nous rassemblent dans la cour, et nous commençons à travailler sous les injures.Nous passons notre temps à éviter les coups, Nous nous transformons en bêtes de somme, tous juste bon à casser des cailloux. Et à chaque fois, les gardes de faction restent assis près de nous, à fumer, en souriant. A croire que nous voir souffrir leur donne du plaisir, les salauds !!

Dans la cour et les couloirs, personne ne fait attention à moi, et je ne fais rien pour attirer l’attention. Tous le monde sait pourquoi je suis là, et la plupart des résidents sont plus occupés à survivre qu’à tenter de me chercher des crosses. Bien sûr, à mon arrivée, les différents « gangs » ont tous tenter de me recruter. Mais je leur ai vite fait comprendre que cela ne m’intéressait pas : je suis loup parmi les hommes, solitaire et dangereux.

Je travaille, je mange, je dors. Je m’exerce tous les jours, afin de ne montrer aucun signe de faiblesse Je me crée des contacts, ma réputation m’ayant précédé. Je deviens celui qu’on vient voir quand il y a un problème et que l’on a les moyens. En quelques mois, je me fais un magot sur le sang d’autres détenus. Mais cela ne me pose aucun état d’âme, mon seul but est de sortir de là et de voir mon fils. Avec cette thune, j’ai acheté des gardiens, du personnel. Au fur et à mesure, mon plan se met en place. J’ai surveillé les rondes, les allées et venues. Je savais quand les camions venaient livrer ce qu’il appelaient de la nourriture, et à quels moments mes « alliés » seraient de surveillance.

Le soir est venu, je revérifie mon plan. J’emporte les ceintures que j’avais transformé en sangles. Comme prévu, ma cellule est ouverte : j’ai dix minutes avant que cela ne se remarque et que l’alerte soit donnée. Je me dirige vers la cour, tous mes sens aiguisés. Pour ma femme, pour mon fils, je dois réussir. Sans que personne ne me vois, je me jette sous le camion de livraison, cherchant les barres, les aspérités, et je me plaque contre l’acier, ne faisant plus qu’un avec le véhicule. Puis le camion s’ébranle, et nous roulons dans un bruit de moteur mêlé à un goût de poussière. Soudain, le camion s’arrête. Lâcher mes ceintures, rouler sur le coté, et çà y est, je peux enfin respirer l’air de la liberté !!

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J’aime beaucoup ton stylé d’écriture, c’est très prenant !
J’ai hâte de savoir ce qui va se passer pour le héros maintenant, va t-il rester sur le chemin emprunté depuis la mort de sa femme ?

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C’est toujours plaisant à lire :slightly_smiling_face:

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très bon, j’attends de voir le raccrochement au football…

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Merci !! Pour le reste, je t’invite à lire la suite !! :wink:

Merci, ca fait plaisir !! :relaxed:

On y arrive pas à pas, mais ca commence dès ce chapitre !! :wink:

Chapitre Sept : Un Nouvel Espoir

S’évader ne fait pas tout. Ce qui m’attendait était une vie de reclus, de fugitif. Pendant quelques jours, j’ai erré la nuit dans les rues de Tirana, sursautant à chaque fois que je voyais des gyrophares. Ne connaissant personne dans la capitale, je retrouvais les automatismes de ma prime jeunesse : le vol à l’étalage, faire le pickpocket, ou encore le squat.

Le plus dur était d’éviter de se faire prendre. Même si les évasions sont monnaies courantes en Albanie, et que l’efficacité de la police se limite a coller des procès-verbaux pour stationnement illicites, j’étais tout de même recherché, et ma tête apparaissait de temps en temps à la une des journaux. J’avais beau avoir les cheveux plus longs et une épaisse barbe, cela ne garantissait pas une sécurité suffisante. Du coup, je quittais la capitale pour revenir chez moi, à Vlorë. C’était plus dangereux, mais au moins, je connaissais la ville comme ma poche.

Dès mon arrivée,je me rendis discrètement dans le quartier où vivait mes beaux-parents, me cachant derrière les voitures pour essayer d’apercevoir mon fils, malheureusement sans succès. Dès lors, je revenais régulièrement, l’apercevant quelques fois, revenant de l’école, avec le ballon que je lui avais offert petit sous le bras. C’est lors d’une de ces « surveillances » que je me suis rendu compte que je ne pouvais pas continuer à vivre ainsi, surtout si je souhaitais revoir mon fils, et qu’il me fallait trouver une solution.

Je me devais donc de retrouver un semblant de dignité et de normalité dans ma vie. Mais impossible de le faire en tant que Agrîn Ujkmbret. En effet, depuis mon évasion, je savais que je trouverais porte close chez ma belle-famille. Non pas qu’ils ne souhaiteraient pas me venir en aide, mais que je serais vite arrêté, la police patrouillant souvent devant leur domicile.

Une idée germa dans mon esprit, mais pour cela, je devais recontacter mon ancien boss et rejoindre le milieu quelque temps. Ce dernier m’a accueilli avec réticence, mais comme j’avais toujours été loyal envers lui, il accepta de me reprendre, à condition que je fasse profil bas. J’ai donc dû mettre mon orgueil et ma fierté de coté, et accepter de recommencer au bas de l’échelle, à faire des taches harassantes, mais sans contact. De toute façon, avec mon visage connu, il fallait cela pour que personne ne sache ou j’étais.

Après un an, j’avais réuni la somme nécessaire pour mettre mon plan à exécution. J’ai donc contacté le chirurgien du milieu, le célèbre Black Jack : moyennant une forte somme, il accepta de changer mon visage grâce à la chirurgie esthétique. Je suis donc passé sur le billard, puis je suis resté dans une chambre durant plusieurs jours afin que cela cicatrise comme il le fallait.

Ça y est, j’enlève doucement les bandages de mon visage. Les traits qui apparaissent dans la glace sont ceux d’un parfait étranger. Seul mes yeux sont identiques, froids et glacés, tranchants comme de l’acier. Mon visage est méconnaissable, je ne vois pas qui pourrait faire le rapprochement entre mon ancien moi et le nouveau !!

Pour aller avec ce nouveau visage, il me fallait un job pour me fondre encore plus dans le paysage. Lors d’une réunion avec mon boss, ce dernier m’avait proposé de reprendre un bajrak dans une autre ville. Mais pour moi, tout ce qui compte, c’est de pouvoir aider mon fils du mieux possible. Il a perdu sa mère, et son père est un dangereux individu en cavale. Mais pour ce faire, je ne peux pas rester dans le milieu maffieux, et je dois trouver le bon procédé pour m’approcher de lui. Agim Gashi a parfaitement compris, et m’a promis son soutien si jamais j’en avais besoin.

C’est là que me vins une idée de génie. Après deux-trois coups de fils aux bonnes personnes, et avec le soutien de mon ancien boss, je finis par décrocher un faux diplôme d’agent de joueur émanant de la fédération albanaise de football. J’ai enfin le moyen de m’approcher de mon gamin !! Prochaine étape : le terrain de foot de son club !!

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:heart_eyes: Waouh !! L’histoire est très haletante !! Ça donnerait envie de tout lire d’un coup !! Vite la suite :smiley: :wink: Magnifique.

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