Réponses aux lecteurs
@CaptainAmericka on verra bien ce que ça donnera. Mais il a fait ce qu’on attendait de lui. J’aurais aimé gagné le championnat avec mais si les offres tombent ce sera dur de dire non.
@celiavalencia C’est surement la seule chose qu’il manque encore dans sa carrière en vrai.
@Sythax Mais le Portugal en est il capable ?
@gwendil35 à voir, il est attaché à Vianense, à voir s’il a envie de cumuler les deux.
Le soleil de juillet lĂ©chait doucement les murs blancs de la villa d’AnĂbal GuimarĂŁes, perchĂ©e sur les hauteurs de Viana do Castelo, comme un phare surplombant la mer et les souvenirs. Le vent lĂ©ger apportait avec lui les effluves mĂŞlĂ©es de sardines grillĂ©es, de romarin et de saudade. L’étĂ© n’était pas encore Ă son zĂ©nith, mais ce jour-lĂ , quelque chose d’autre touchait Ă sa fin.
La tradition voulait qu’AnĂbal organise chaque annĂ©e un dĂ©jeuner avec ses “anciens” – ces hommes qu’il avait menĂ©s, parfois mĂŞme façonnĂ©s, au fil des saisons. Le rendez-vous Ă©tait toujours le mĂŞme : une table en bois brut, des bouteilles de vin du Douro, des anecdotes plus ou moins embellies, et au loin, le rire des enfants jouant au ballon entre les citronniers.
Ce jour-là , autour de la table, on retrouvait Simon Moya, la légende colombienne revenue poser ses valises au Portugal pour un été, Juan-Sebastian Anaya, de passage en Europe, Luis Almeida, attaquant phare de Viana, ou encore Javi Sanchez, ancien capitaine devenu entraineur du Real Madrid. Et puis il y avait Gilson, silhouette plus mince qu’autrefois, regard plus posé, corps un peu usé.
Cela faisait deux saisons que le BrĂ©silien avait posĂ© ses valises Ă Vianense, dans un anonymat presque triste pour un joueur qui avait jadis affolĂ© les dĂ©fenses de Liga. S’il n’avait plus ses jambes de vingt ans, Gilson avait offert Ă Vianense autre chose : du sens, du lien, de la transmission. C’était lui qui avait pris sous son aile Pedro Tiba, en souffrance tactique Ă son arrivĂ©e, ou encore Victor GuimarĂŁes, fils d’AnĂbal, qu’il avait aidĂ© Ă apprivoiser l’exigence du haut niveau. Mais les blessures l’avaient harcelĂ©. Tendons rĂ©calcitrants, genoux capricieux, petits bobos devenus rĂ©currents, autant de signaux que le corps lui envoyait, impitoyable dans sa franchise.
Alors, entre deux grillades et un Ă©clat de rire de Simon, Gilson s’était levĂ©. Il avait pris une gorgĂ©e de vin, regardĂ© tour Ă tour les visages autour de lui, puis croisĂ© celui d’AnĂbal, restĂ© en retrait, un verre d’eau Ă la main. Le silence se fit, presque naturellement.
« Je vais raccrocher. Je le sais maintenant. C’est le bon moment. »
Un frisson parcourut l’assemblĂ©e. Pas de grand discours. Pas de larmes. Juste cette simplicitĂ©-lĂ . Mais chez AnĂbal, quelque chose se figea. Il savait. Il l’avait pressenti. Il s’était mĂŞme prĂ©parĂ© Ă l’entendre, mais comme toujours, la rĂ©alitĂ© avait une autre texture.
« Tu veux pas y réfléchir encore un peu ? Attends la prépa, vois comment ton corps répond. »
« Ani… je t’aime, tu le sais. Et j’aime ce club comme si j’y étais né. Mais mon corps m’envoie des signaux depuis trop longtemps. Et je veux partir debout. Pas sur une civière. »
AnĂbal le fixa longuement, puis soupira. Il se leva, contourna la table, et posa une main ferme sur l’épaule de Gilson.
« Alors écoute. Si tu raccroches, c’est pas pour disparaître. Pas ici. J’ai besoin de toi, autrement. T’es un formateur, Gilson. T’as ce regard. T’as la patience. Tu pourrais bosser avec nos jeunes. T’en as déjà formé deux sans le vouloir. Imagine si tu t’y mets pour de vrai. »
Gilson resta interdit un instant, avant de sourire.
« Je sais pas coach… J’ai jamais songé à ça. »
« Et moi j’y pense depuis un an. Le club financera ta formation. Tu commenceras en observateur, puis en éducateur. Le reste, ce sera à toi de l’écrire. »
Un silence. Puis un hochement de tête. Un accord tacite, comme une passe en profondeur parfaitement dosée.
Ce jour-là , Gilson n’avait pas seulement mis fin à sa carrière de joueur. Il avait aussi amorcé un nouveau chapitre, dans cette même ville qui l’avait tant abîmé et tant réparé. Et pendant que le soleil s’effaçait derrière la Serra d’Arga, un nouveau mentor était né à Vianense.
Un joueur s’en allait. Un éducateur arrivait. Et quelque part dans les rires d’enfants et le cliquetis des couverts, l’histoire continuait.